Queen, Stormtroopers in Stilettos

Retranscription d’un article écrit pour Queen Jewels en mars 2011 :

Comment évoquer Queen sans parler de ses balbutiements, lorsque Freddie était encore Farrokh et que John démontait des transistors ? Ici Island Records pointe le doigt sur la période du groupe la moins connue du grand public, au grand bonheur de ses fans, en nous offrant un focus sur les 5 premiers albums. Fini donc les Greatest Hits à tire larigot, l’heure est aux classiques, repartons 40 ans en arrière, là où tout a commencé.

Mes petits camarades et moi arrivons sur les lieux à 10h30 heure anglaise après une courte nuit et plus de 5 heures de trajet dans les pattes. Nous garons la Fiesta sur le parking à £12 de l’exposition située à l’extrême est de la ville. Le quartier est franchement glauque, et vu de dehors, la salle d’exposition fait vieille usine désaffectée des années 40. Ceci dit, impossible de se tromper, on sait qu’on est au bon endroit : il y a la queue devant une porte en métal entourée d’un grand cercle rose flashy gardée par un vigile, couleur significative de l’exposition. Nous rentrons par petit groupe de vingt, histoire que la salle ne soit pas pleine à craquer. Le vigile nous fait signe de rentrer, nous voilà donc grimpant l’escalier sur 2 étages. Quant à moi, je sens la pression monter au fur et à mesure des marches. L’ascension se termine, nous voilà dans le hall de l’exposition : deux dames derrière le comptoir nous demandent de bien vouloir laisser nos sacs et de prendre nos appareils photos si besoin. Je sors de mon sac mon nouvel appareil fraîchement acheté la veille et me dirige vers la première salle.

Ca y est nous y sommes. 2011 est loin derrière moi. Je suis dans la chambre de Freddie avec « Mad The Swine » en musique de fond. Vous l’aurez compris, cette première salle est consacrée à la période pré-Queen. Tout de suite à droite, le lit de Freddie surmonté de ses dessins de l’Ealing Art College et notamment son portrait d’Hendrix et celui de sa soeur Kashmira. Dans la vitrine, deux des vestes qu’il avait dessinées et assemblées. À gauche, une reproduction du « salon » de Brian au début des années 70 avec une cheminée, un fauteuil et un prototype à moitié fini de sa Red Special.

Sur le mur adjacent, parmi les photos des membres du groupe ayant à peine dépassé la puberté : une affiche rédigée par Roger et Freddie à la recherche de vêtements et peintures à vendre pour leur magasin de Kensington Market. Cette partie se termine évidemment sur Smile avec plusieurs reproductions d’affiches de concert, des 45 tours de « Earth » / « Step On Me » et des photos de Brian, Roger et Tim.

Crédits : Nicola Bizzo / queenvinyls.com
Crédits : Nicola Bizzo / queenvinyls.com

Ça y est Queen est créé, on peut donc s’attaquer aux albums. Mais avant : une grande vitrine représentant une scène d’enregistrement en studio. Un kit de batterie de Roger, une Red Special signée Guild, des micros, casques, enregistrements sur bandes magnétiques, brouillons de paroles froissés, jeu de Scrabble entamé, bouteilles de Coca et verres renversés. Bref, une vraie scène d’après-midi studieuse en studio.

Puis, une musique un peu plus au loin me fait tendre l’oreille. Pas de doute, il s’agit bien de « Keep Yourself Alive ». Premier album : Queen. Sur le pan de mur de droite : une mosaïque de différentes pochette de l’album éponyme. La fameuse photo de Freddie vire du violet au rouge en passant par le bleu. Un encart indique :

Contre le gré d’EMI, le groupe conçu lui même la pochette : une photo de Freddie éclairé par un spot comme une figure de proue fut un choix parfait pour la couverture avant.

Plus loin dans un coffre sous verre, plusieurs objets d’époque : un KYA portugais, un autre hollandais, les deux étant dans un état parfait, des clichés issus d’une séance photo comme celle que l’on retrouve notamment sur la pochette de « Queen at the Beeb », une cassette, une biographie officielle et autres documents d’EMI, un autocollant… Trônant à ses côtés, une reproduction (n’étant pas sous verre, contrairement aux autres qui sont d’époque) du costume que portait Freddie dans le clip de « Bohemian Rhapsody ». De ce costume on retrouve (une fois de plus : dans un coffre sous verre) des chutes de tissu et autres patrons ayant aidés à la confection de la tenue immaculée. On a aussi dans cette vitrine une photo d’une jeune femme nommée Wendy de Smet ainsi qu’une biographie en format de poche où l’on voit en première de couverture une photo de Freddie portant ce fameux costume, micro à la main. Pour symboliser cette salle destinée au premier album, Island Records a choisi d’installer un immense Q violet reprenant les courbes de la pochette de l’album. Enfin, sur le mur du fond, l’histoire de l’album :

 

Brian May assure les côtés les plus sombre de l’album, avec notamment le tout premier single du groupe « Keep Yourself Alive », « Son And Daughter » ainsi qu’une version retravaillée de « Doin’ Alright », chanson de Smile. Quant à Roger Taylor, il s’affirme dans cet album de Queen avec ses chansons, telle une bombe chargée de dynamite rock’n’roll. Dans un premier temps : la chanson de Roger, « Modern Times Rock n Roll », qui s’abat à une telle vitesse qu’on a à peine le temps de respirer. « Seven Seas of Rhye » est une autre création de Freddie, mais elle n’a pas eu le temps d’être achevée pour cet album. Le groupe étant satisfait de ce qu’ils avaient jusque là décida de clore l’album avec cet extrait de chanson, mettant la version complète de côté pour la prochaine fois.

À la suite d’une session d’enregistrement pour le programme de radio « Sounds of the Seventies » dirigé par John Peel, EMI fit son offre. Après quelques négociations avec Trident, Queen signa chez EMI en mars 1973 et son tout premier single « Keep Yourself Alive » vit le jour quatre mois plus tard. Cependant, malgré les critiques positives si Queen ressemblait ne serait-ce qu’à moitié à leur musique, ils pourraient être énormes ! comme le décréta NME (ndlr : New Musical Express, hebdomadaire musical Britannique). Le single ne fut passé que très peu de fois sur les ondes, Radio 1 estima que la piste était trop longue pour être passée, en conséquence, le single n’atteint pas les charts.

Le premier album de Queen fut enregistré pendant les heures de repos : le groupe s’invitait chez Trident lorsque des artistes tels que David Bowie, T-Rex ou encore Paul McCartney n’étaient pas en studio. La plupart du temps cela se déroulait en soirée, pendant les week-ends ou à l’aube, d’où le fait que l’album ait prit 18 mois à être enregistré avant de se retrouver dans les bacs.

Crédits : Nicola Bizzo / queenvinyls.com
Crédits : Nicola Bizzo / queenvinyls.com

Faisons un saut dans le temps, un an plus tard pour être exact – même si la date indiquée pour cette seconde salle est 1975… Nous sommes donc en 1974, année de sortie de Queen II. Dès l’entrée de la salle, un coffre rempli d’objets divers et variés : cassettes de tous les pressages du monde, des 33 tours, une page du journal Melody Maker qualifiant clairement les sessions à la BBC de génie, des écussons… On retrouve comme à chaque fois nos 45 tours, ici il y a 5 exemplaires de « Seven Seas of Rhye » : un portugais, un japonais, un allemand, un yougoslave et un français. Un peu plus loin, un autre coffre avec des tickets du concert à l’Odeon Hammersmith datant du 14 décembre 1974, à l’époque où la place ne coutait que £2… On trouve aussi un programme de la tournée avec Mott The Hoople. Sur le mur, une grande photo de nos quatre idoles bras croisés sur fond noir accompagnée de l’histoire de l’album et de cette célèbre photo :

En août 1973, le groupe avait terminé son album mais a du patienter pour le réaliser car leur premier opus venait à peine de sortir. Pour combler le temps, Queen fit son premier voyage en Australie pour jouer au Sunbury Rock Festival en janvier ’74. Ce fut un désastre, non seulement car ces inconnus nommés Queen partageaient l’affiche avec des grands noms de la scène de Melbourne, mais parce qu’en plus l’équipe de la tournée locale se querellait sans cesse avec les roadies de Queen. Voyant grand, comme toujours, Freddie annonça au public : « Quand Queen reviendra en Australie, nous serons le plus grand groupe du monde. »

Quelques semaines plus tard, une pause bien méritée pour Queen se présenta lorsque l’apparition prévue de David Bowie sur Top of the Pops fut annulée. Le clip de Bowie « Rebel Rebel » n’était pas terminé et Queen fut choisi pour le remplacer. Ils pré-enregistrèrent la performance de leur nouveau single « Seven Seas of Rhye » dans le petit studio de la BBC Weather et le jeudi 21 février 1974, Queen passa sur Top of the Pops – ce fut en effet sa première apparition télé. Le single sorti rapidement, se hissant au numéro 45 pour terminer dixième.

Sorti en mars 1974, Queen II atteignit la cinquième place. Sa couverture emblématique a été prise par un ami du groupe, le légendaire photographe Mick Rock. Mick et Freddie étaient tous les deux inspirés par une photo de la star Hollywoodienne, Marlene Dietrich, et sentirent qu’ils se devaient de reproduire sa pose royale pour la pochette de l’album. ‘Freddie adorait le concept’, expliquait Mick. La pochette reflette le son de Queen II : orné, mystérieux, impénétrable et dramatique. Queen était vraiment parvenu à ses fins.

« Le Songe d’Une Nuit d’Eté vient à la rencontre du Seigneur des Anneaux »

Dans la galerie du Tate, à Londres, est accrochée une peinture qui n’appelle « The Fairy Feller’s Master Stroke » de Richard Dadd. C’est un tableau si détaillé, si complexe que peu importe le nombre de fois que vous le regardez, vous y verrez toujours quelque chose de nouveau, quelque chose que vous n’aviez pas remarqué auparavant malgré le fait qu’il était déjà présent. Freddie a écrit une chanson inspirée par ce tableau pour le deuxième album de Queen, mais son influence fut encore plus profonde, car Queen s’est servi du côté artistique de Dadd pour l’adapter à Queen II. Ayant traîné Roy Thomas Baker jusqu’au Tate pour aller voir le tableau, Freddie se tourna vers le producteur et lui annonça : « Tout ce que tu veux essayer, lâche toi ». Même si A Night At The Opera est par beaucoup considéré comme « le meilleur album de Quee », Queen II est sans doute « le plus grand ».

Refusant d’avoir recours aux synthétiseurs, le groupe utilisa le studio comme un instrument à part entière. Queen II est le vrai décollage de Queen. Il s’agit de la première fois que nous entendons des overdubs multi-couches, des harmonies à couper le souffle et des styles musicaux complètement différents les uns des autres : ballades, folk, blues, pop, rock voire même du trash metal – tous les ingrédients sont réunis. Il contient aussi le tout premier tube de Queen « Seven Seas of Rhye » ainsi que la chanson la plus imaginative et la plus complexe jamais enregistrée « The March of the Black Queen », une chanson qui, à bien des égards, sonne un peu comme un aperçu de « Bohemian Rhapsody ». Ce n’est pas pour rien que Queen II a la réputation d’être un album de studio ‘Over the Top’.

Queen II a été co-produit par le producteur Roy Thomas Baker en à peine plus d’un mois en 1973. Certaines des chansons, comme « Father To Son » (en partie inspirée par le conflit entre Brian et son père lorsque ce dernier lui annonça qu’il abandonnait son doctorat pour une carrière aux côtés de Queen), « Ogre Battle » et la très légère « White Queen » (ayant été écrite en 1969), été prévues à l’origine pour leur premier album, mais le groupe les avaient mises de côté pensant que les contraintes de temps et d’argent du premier album ne leur permettrait pas de rendre justice aux chansons.

Malheureusement, Deacon John qui était présent sur l’album précédent fut renvoyé et remplacé par… John Deacon.

Queen renomma les Face 1 et Face 2 de l’album Face Blanche et Face Noire. À l’exception de la chanson de Roger Taylor « The Loser in The End », la Face Blanche a été entièrement écrite par Brian. Quant à la Face Noire, elle est signée Freddie. Malgré le fait qu’il ne n’agit-ce pas ici d’un concept album, Queen II est plus proche du rock progressif qu’aucun autre album de Queen ne l’ait jamais été avec ses structures musicales prolongées, ses paroles abstraites et ses thèmes fantastiques : comme si « Le Songe d’Une Nuit d’Eté » venait à la rencontre du « Seigneur des Anneaux ». Sur le CD, toutes les chansons, à l’exception d’une seule, n’enchaînent les unes après les autres, créant ainsi un morceau de musique en continu.

1974, période glam oblige, une vitrine est consacrée aux costumes dessinés par Zandra Rhodes. Trois tenues sont exposées, sur la vitre ont été imprimés des articles de journaux du Daily Telegraph « The Teenage Dream » avec en photo Brian en compagnie de fans portant un des costumes de la dame aux cheveux roses. Au mur, un écran plat passe un reportage sur Zandra Rhodes. Il s’agit très certainement de celui que l’on retrouve dans le documentaire « The Untold Story ».

Avant d’enchaîner avec Sheer Heart Attack, Island Records nous propose de n’arrêter sur une des particularités de Queen : le regard irrésistible de Roger. Sur le mur un article de Robin Katz, qui, d’après quelques recherches, était journaliste musical pour le quotidien The Independent. L’article titre ‘Are You The Right Girl For Roger ?’ (Êtes-vous la fille qui convient à Roger ?) : j’ai bien évidemment pensé ‘Oui.’ à la lecture de ce titre…

Êtes-vous la fille qui convient à Roger ? Un aperçu du Roger de Queen et des filles qui le font craquer.

On n’aurait pas pu rêver mieux comme journée pour une interview avec Roger Taylor, le batteur de Queen. Nous nous sommes installés tous les deux pour prendre le thé dans le salon d’une maison victorienne, le soleil n’infiltrait par des rideaux très fins. Roger nous confia que le temps avait été magnifique cette année. Roger avait l’air particulièrement reposé alors que Queen venait de finir en trombe sa tournée américaine aux côtés de Mott the Hoople. Ayant à peine évoqué cette idée, il leva les yeux au ciel, mais Roger faisait ça pour me taquiner, et essaya de cacher un sourire.

Une brise d’air frais n’infiltra par la fenêtre et le soleil alla se déposer sur le visage de Roger. Cet homme à les cils les plus longs que personne n’ai jamais vu. Sans parler de ce sourire !

Nous étions d’accord sur le fait que l’été faisait rêver l’esprit à d’autres pensées sauf à la musique pop. « L’amour » retorqua Roger sirotant son thé. « Est-ce que je vous ai déjà parlé de mon premier amour ? Je crois que je devais avoir huit ans à ce moment là. Mais ça n’est terminé très vite. Elle se moquait de mes pantalons trop courts. »

« Mais plus sérieusement, mon vrai premier amour était une fille qui n’appelait Jill. Ce n’est pas une longue histoire, rien qui ne sorte de l’ordinaire. Vous voulez l’entendre ? »

« Bien sur, » ai-je dit, « ce n’est pas trop douloureux d’en parler ? »

« Oh non », dit Roger les yeux grands ouverts. « J’avais quatorze ou quinze ans quand c’est arrivé. Un pote et moi sommes allés dans un club où un groupe folk jouait, la chanteuse était une fille. Mon ami était plus âgé et avait une voiture donc on l’a déposée. Il n’est avéré que nous sommes tous allés dans une foire, vous savez, le genre d’endroit avec des attractions dans tous les coins. Et voilà, je ne l’ai plus jamais revu pendant quelques mois. Il n’a pas fallu m’y reprendre à deux fois. Et puis je l’ai croisée à nouveau et nous avons finis ensemble pendant quatre ans. »

« Parlez-nous d’elle. Qu’est-ce qui vous attirez chez elle ? » ai-je demandé.

Roger souri. « Elle était mentalement vivante. Ca la résume très bien. Elle était petite et portait des jupes qui était à la mode à cette époque là. On n’est pas mal prit la tête, vous savez, mais je pense que c’est la raison pour laquelle je l’aimais tant. Elle était très têtue. Elle savait ce qu’elle voulait. Je ne supporte pas les filles idiotes. J’aime les filles qui savent prendre soin d’elles. Ca ne n’est pas très bien passé pour nous à la fac. Elle a rejoint un autre groupe et sortit avec le guitariste d’un groupe folk. La musique folk était quelque chose de complètement différent par rapport à ce que j’écoutais et ça a été la fin de notre histoire. »

Roger n’affala un instant en regardant par la fenêtre. Il resta silencieux, et je ne pouvais pas m’empêcher d’observer le soleil sur ses cils.

« Maintenant que j’y repense, elle était silencieuse par moments. Elle avait beaucoup de puissance en elle. Nous sommes toujours amis, ce qui est génial. J’aime rester ami avec quelqu’un après une rupture. Vous savez, ça nous a prit tellement de temps pour apprendre à se connaître que ça paraîtrait stupide de le gâcher. »

Roger est né à Norfolk, dans la région de King’s Lynn et déménagea en Cornouailles à tout juste huit ans. Il était à la chorale et détestait l’école et il se trouva que son véritable amour était Elvis, Bill Haley, Jerry Lee Lewis and The Shadows. Plus tard, les Beatles et les Who viendraient compléter la liste.

« Mon premier instrument était une guitare et c’était un cadeau. Mais pas une surprise. J’avais insisté sur une en particulier. Mes parents étaient plutôt pour. Ils savaient que c’était inoffensif. Mon père avait plus ou moins été musicien. J’ai reçu ma première batterie à l’âge de douze ou treize ans. »

« Vous pouvez nous donner quelques conseils pour monter une batterie ? » avons nous demandé.

« Bien sûr. Montez la au fur et à mesure. n’investissez pas trop d’un coup pour vous rendre compte qu’au final vous ne voulez pas jouer de cet instrument. J’ai commencé à jouer sur des casseroles ! »

« Votre mère a dû adorer ! »

« Mes parents étaient super. Mais pour monter une batterie achetez d’abord une caisse claire, puis une grosse caisse and une cymbale. Après, vous devriez la compléter avec des toms et un charley. Je crois que mon rêve le plus fou était de devenir musicien. Jamais je n’aurai pensé que ça se réaliserait. »

« Quand avez vous été le plus découragé en pensant que le succès n’arriverait peut être jamais ? »

« En école dentaire. J’ai terminé ma scolarité et j’ai commencé des études pour devenir dentiste à Londres. Je détestais ces gens et je détestais mon travail. J’étais au plus bas. Je suis allé travailler au Kensington Market, ce bâtiment rempli de petites boutiques sur Kensington High Street. C’est là que j’ai rencontré Freddie, le chanteur de Queen. On a créé un groupe ensemble et on a commencé à faire des petits concerts là où on pouvait. »

Ce qui a fait que le groupe a gagné de l’attention est concrètement la même chose qui fait qu’ils sont aujourd’hui couronnés de succès. Ils sont une vraie attraction visuelle. Tous ceux qui les ont vu au Rainbow savent de quoi il en ressort.

On a souvent tendance à juger un groupe comme Queen lorsqu’ils ne sont pas sur scène, se lavant, changeant de vêtements et se retrouvant avec des dizaines de filles les attendant en backstages en espérant passer la soirée avec les membres du groupe. Roger dit que le groupe aime rencontrer son public, même si ces derniers temps, cela devient de plus en plus difficile.

Est-ce que les membres de Queen sont déjà sortis avec leur fans, se demande-t-on ? Roger nous affirme que chacun des membres est désormais casé avec une femme ou une copine. qu’est-ce que Roger recherche chez une fille ?

« Je ne cherche rien en particulier. Apparence et personnalité propre, toutes ces choses n’additionnent. »

Nous finissons donc nos tasses et allons dehors profiter de la météo. Ce fut un jour parfait pour… une Reine.
ROBIN KATZ.

Vous l’aurez compris, c’est donc l’été. Queen vient de rentrer en trombe au Royaume-Uni mettant fin à sa tournée américaine. La salle suivante est consacrée à l’enregistrement de Sheet Heart Attack, la tournée du groupe avec Mott the Hoople et l’état de santé plus qu’inquiétant de Brian. Lorsqu’on rentre dans la salle on ne peut n’empêcher de remarquer la présence de deux lits d’hôpital. Ma curiosité étant éveillée je m’approche et commence à lire le texte imprimé sur le drap : il s’agit de l’hépatite contractée par Brian en mai 1974.

À la suite d’un concert à New York, Brian se réveilla en ne se sentant pas bien dans sa chambre d’hôtel. Il se traîna jusqu’au miroir et vit qu’il était jaune. Le guitariste avait contracté une infection au bras après avoir été vacciné avant un voyage de Queen en Australie. Sa santé continua à se dégrader : il s’agissait d’une hépatite. Queen retourna en Angleterre dans la tourmente. La tournée de Mott the Hoople fut raccourcie, les dates américaines de Queen annulées, leur guitariste alité six semaines et s’est vu dire qu’il risquait de ne jamais complètement s’en remettre.

« Tout se passait très bien aux États-Unis, c’était une tournée fantastique, on passait vraiment un bon moment, et d’un seul coup tout est annulé parce que je tombe malade en devant rester à l’hôpital. J’y ai longtemps pensé, tous ces magnifiques souvenirs de la tournée me traversaient l’esprit et c’est là que j’ai écrit « Now I’m Here ». « Now I’m Here » est en quelque sorte la chronique de cette tournée et je me souviens me demander si j’allais un jour sortir d’ici et être à nouveau capable de jouer ».
BRIAN.

La pièce, à l’image des précédentes, est fournie en souvenirs. Island Records a tenu à s’étendre sur l’hépatite B de Brian, et moi qui n’avais jamais fait vraiment attention à cette histoire (même après en avoir entendu parler à plusieurs reprises) j’ai fini par prendre conscience de la frustration qu’il a du ressentir en cet été de l’année 1974.
Dans un premier coffre on retrouve plusieurs vinyles : deux 33 tours et six 45 tours, ainsi qu’un lot de cassettes, des badges, une cartouche huit pistes et une paire de baguettes cassée. Parmi les vinyles on retrouve des pressages portugais et argentin de Sheer Heart Attack : « Certero Ataque Al Corazón ». Quant aux 45 tours il y a deux « Now I’m Here » : un hongrois et un allemand. Et pour ce qui est des « Killer Queen », on a un japonais, un belge, et… un suédois. La vitrine suivante regorge aussi de « Now I’m Here » et de « Killer Queen » : espagnol, portugais, yougoslave, italien, hollandais, japonais, belge, allemand. Rien que ça. On trouve aussi deux places du concert au Rainbow le 19 novembre 1974, des magazines Music Life, des articles de Music Maker, un flyer pour le concert du 13 décembre à Barcelone, des badges, cassettes et cartouche huit pistes.

Puis titré en gros sur le mur : Sheer Heart Attack, accompagné de l’historique du troisième album de Queen. La partie sur Brian est un copié-collé de l’imprimé du drap du lit d’hôpital au centre de la pièce :

À l’aube de l’année 1974, Queen est à son apogée. Ils ont sorti leur tout premier tube « Seven Seas of Rhye », Queen II est classé dans le top 5 et le groupe assure la première partie de la tournée américaine de Mott the Hoople. Aux État-Unis, la légende du pop art Andy Warhol, ainsi qu’un jeune groupe d’inconnus The New York Dolls et Kiss étaient de ceux qui suivaient la flamboyante première partie au nom controversé. « On se pensait hors du commun » racontait Brian. « Mais la plupart des gens qui venaient aux concerts étaient surpris, même pour nous ! »

Encore mieux, Queen était prêt à enregistrer leur troisième album et à entamer leur tournée américaine. Puis le malheur arriva.À la suite d’un concert à New York, Brian se réveilla en ne se sentant pas bien dans sa chambre d’hôtel. Il se traîna jusqu’au miroir et vit qu’il était jaune. Le guitariste avait contracté une infection au bras après avoir été vacciné avant un voyage de Queen en Australie. Sa santé continua à se dégrader : il s’agissait d’une hépatite. Queen retourna en Angleterre dans la tourmente. La tournée de Mott the Hoople fut raccourcie, les dates américaines de Queen annulées, leur guitariste alité six semaines et s’est vu dire qu’il risquait de ne jamais complètement s’en remettre.

Après une mise à pied forcée, Brian retourna en studio. Mais durant l’été, il s’évanoui dans les studios de Trident et fut diagnostiqué avec un ulcère à l’estomac. Pendant des mois, Queen continua à travailler sur son prochain album, sans son guitariste. Quand May retourna en studio, il avait acquis une vision extérieure de Queen, et fut ainsi capable d’approcher leur nouvelles compositions sous un autre angle.

« Tout se passait très bien aux États-Unis, c’était une tournée fantastique, on passait vraiment un bon moment, et d’un seul coup tout est annulé parce que je tombe malade en devant rester à l’hôpital. J’y ai longtemps pensé, tous ces magnifiques souvenirs de la tournée me traversaient l’esprit et c’est là que j’ai écrit « Now I’m Here ». « Now I’m Here » est en quelque sorte la chronique de cette tournée et je me souviens me demander si j’allais un jour sortir d’ici et être à nouveau capable de jouer ».
BRIAN.

Sur le mur adjacent, juste avant de se diriger vers la salle dédiée à A Night at The Opera : une biographie de Mick Rock et ses clichés de la séance photo de la pochette de Sheer Heart Attack avec un commentaire de Freddie :

« Mon Dieu, si vous saviez tout ce que nous avons enduré pour prendre les photos de Sheer Heart Attack !!! Mes chéris, vous imaginez-vous à essayer de convaincre les autres de se faire arroser de vaseline ? »
FREDDIE.

Avant dernier album de l’exposition, le chef d’oeuvre A Night at The Opera. Commençons avec cette citation de Freddie Mercury, qui pour moi résume très bien cet opus :

« Je crois que cet album combine aussi bien la démesure de Queen II et les bonnes chansons de Sheer Heart Attack. Ce sont les meilleures chansons jamais écrites, très cher. »
FREDDIE.

Sur le mur d’en face, une mosaïque de photos prises par Watal Hasanuna (ayant aussi photographié Police et Duran Duran) en août 1975 pour le magazine japonais Music Life. Au fond de la pièce : une vitrine entière est conscacrée à « Bohemian Rhapsody » et en plus des nombreux disques d’or et de l’exemplaire numéro 1 du fameux pressage violet, il y a le costume que portait Brian dans le clip. On retrouve aussi plusieurs magazines, dont Queen fit la Une suite au succès de la chanson. Un peu plus loin on retrouve le schéma classique de présentation : une boite vitrée remplie de cassettes, 33 tours et 45 tours. Pour les pressages, on a dans un premier coffre du japonais, italien, yougoslave, allemand, portugais, hollandais en plusieurs versions, vénézuélien… Dans le second coffre il y a des pressages japonais, hollandais, belge, danois, espagnol, des places backstages, des cartouches huit pistes, etc… Avant d’achever cette partie sur A Night At The Opera, voici l’historique que dresse Island Records, et qui est le plus long de tous les albums présentés :

« A Night at The Opera est l’un des meilleurs albums de tous les temps. Queen a sélectionné les meilleurs éléments de ses deux albums précédents pour produire la combinaison ultime : le meilleur du majestueux Queen II ainsi que le côté vaudeville, l’esprit et la diversité de Sheer Heart Attack. Le résultat : certainement l’un des albums le plus cher jamais enregistré jusque là (certain le chiffre à £40 000), qui a prit quatre mois à être enregistré et a nécessité l’utilisation de cinq studios – dont trois en même temps.

Après le succès de Sheer Heart Attack, Queen aurait du être au top, mais les relations avec Trident Productions étaient plus que tendues. Malgré le concert à guichet fermé (soit 14 200 places) au Budokan Hall de Tokyo et « Killer Queen » classée dans le Top 20 en Amérique, Queen ne gagnait que £60 par semaine, et vivait dans ce que Brian qualifiait d’immondes appartements en sous-sol. John Deacon, récemment marié, désirait une avance pour pouvoir se payer une maison, Roger lui, voulait – vous l’aurez deviné – une voiture et Freddie un nouveau piano à queue. Pourtant leurs managers n’avaient pas envie d’avancer un centime de plus.

Queen engagea l’avocat en affaire de musique Jim Beach (qui deviendra le manager du groupe) pour les sortir de leur contrat chez Trident, pendant qu’ils cherchaient un nouveau manager. Ils choisirent John Reid, qui venait de faire d’Elton John l’une des plus grandes vedettes du monde. Entre temps, Trident accepta de dispenser Queen de leur contrat à une seule condition : une taxe de départ de £100 000. Enfin libre, John Reid leur expliqua d’oublier cette histoire d’argent et de retourner en studio pour enregistrer leur meilleur album – « Notre Sergent Pepper » comme disait Brian.

En août 1974, Queen et leur producteur Roy Thomas Baker investirent les studios de Rockfield, un ensemble de fermes reconverties dans la valée de Wye, près de Monmouth. Le bar Old Nag’s Head était assez près pour les occuper, mais exempt de toute distraction Queen n’avait qu’une seule option : travailler. Ce qu’ils nous ont livré s’appelle A Night At The Opera, un album qui mélange rock, opéra, heavy metal, ballades romantiques, pop, science fiction, jazz traditionnel et l’hymne national britannique.

Ce n’est pas une coïncidence si la chanson qui ouvre A Night At The Opera est « Death on Two Legs », chanson dédiée à, officiellement, personne (pour raisons légales) et officieusement, à Norman Sheffield de chez Trident. C’est une chanson particulièrement venimeuse que Freddie chanta avec tant de mépris et de venin que ses oreilles se sont mise à saigner en studio.

Les chansons de Freddie « Lazy On a Sunday Afternoon » et « Seaside Rendezvous » offre un délicieux mix entre music hall et Gilbert & Sullivan. « Good Company » de Brian est en fait un hommage à la musique de son enfance. Rien ne vaut les « instruments » dans cette chanson jazzy qui ne sont en fait nul autre que la guitare Red Special de Brian. Quant à « ’39 », c’est une genre musical à part entière : science-fiction-folk de l’espace. D’après Brian, il se serait réveillé un matin avec une révélation : beaucoup de personnes ont écrit des chansons folk avec des guitares acoustiques sur des marins partant pour de long voyages à la recherche de terres inconnues, mais personne n’avait encore écrit de chanson folk sur des astronautes embarquant à bord d’une navette spatiale.

Il y a trois chansons d’amour classiques sur A Night At The Opera. La première, « Love of My Life », qui est devenue une chanson que le public chante à tue-tête partout dans le monde lors des concerts de Queen. Cependant, la version originale est totalement différente : elle est complétée par un piano, une harpe et des harmonies. La seconde chanson est « You’re My Best Friend » style de Tamla Motown, elle a été écrite et jouée par John Deacon sur un piano électrique Fender, au grand désarroi de Freddie. « Freddie restait persuadé que le piano électrique était largement inférieur au piano à queue », se souvient Roger. La troisième chanson d’amour, écrite et chantée par Roger Taylor, demeure très certainement la chanson de Queen la moins conventionnelle : « I’m In Love With My Car ».

Sorti de nulle part, « The Prophet’s Song » est un opus dramatique de Queen, quasi biblique, écrit par Brian à la suite d’une « vision » qu’il aurait eu l’année précédente durant son sommeil alors qu’il était en convalescence à l’hôpital. La chanson du guitariste « Sweet Lady » est une chanson heavy rock and roll qui rappelle à l’auditeur ce que Queen sait faire de mieux. Le dernier titre de l’album est « God Save the Queen », ce qui se justifie. Au terme d’un tel chef d’oeuvre on ressent réellement l’envie de se lever afin de saluer Queen pour A Night At the Opera.

Et enfin, le cinquième album de Queen, et le dernier présenté par Island Records lors de cette exposition : A Day At The Races. La salle est partagée en deux : une partie pour l’album et une partie pour le gigantesque concert gratuit que le groupe avait donné à Hyde Park en 1976.

Commençons avec A Day At The Races. Tout de suite en rentrant, sur le pan de mur de droite, un article sur les Marx Brothers et une photo de Groucho, le moustachu. A gauche, un immense cliché du groupe entouré de leurs compagnes de l’époque dans les tribunes de l’hippodrome de Kempton Park, le jour du lancement de l’album. En voyant cette photo, je ne peux pas m’empêcher de me dire que la barbe va vraiment bien à Brian et que Roger aurait du rester avec Dominique Beyrand. Mais ça, c’est une autre histoire. Un peu plus loin à droite, juste après un ordinateur où l’on a la possibilité d’écouter l’album remasterisé, une grande vitrine avec l’un de mes objets préféré de l’exposition : un costume d’arlequin orange et vert de Freddie accompagné d’un tambourin. Dans un coffre sous verre, entourée de vinyles et cassettes, un plaque en bois surmonté d’un aigle indique « Roger Raylor, élu meilleur batteur de l’année 1976 par les lecteurs de Music Life ». Une fois n’est pas coutume, des places backstages pour les concerts de Santa Monica (9 mars 1976), Hyde Park (18 septembre 1976) et semblerait-il Detroit (12 février 1976). Parmis les 45 tours, un « Somebody To Love », pressage anglais : classique. À sa droite, un pressage portugais, puis un Tie Your Mother Down » allemand et un japonais. Dans le second coffre il y a différents pressages de « Somebody To Love » et de « Tie Your Mother Down », ainsi qu’un exemplaire de « Long Away », une petite dizaine de pass backstages, une biographie signée Elektra, des cassettes et des cartouches huit pistes, une liste des concerts de la tournée au printemps 1974 signée par Brian et Roger, des badges et un article du journal Record Mirror.

A Day At The Races a été écrit et enregistré par Queen lorsque tout allait pour le mieux, qu’ils étaient au sommet de leur gloire et qu’ils en savouraient chaque instant… avant les inévitables coups durs, différends créatifs, épreuves et tribulations que rencontre chaque groupe lorsque qu’il devient riche et célèbre. Les chansons étaient inscrite à jamais sur A Night At The Opera, les rêves réalisés : Queen avait prouvé de quoi ils étaient capable dans un studio d’enregistrement et cet album leur a permis de livrer au public plus qu’une formule gagnante.

Ceux qui cherchent le hard rock de Queen II voire même de Sheer Heart Attack ne le trouveront pas sur A Day At The Races, qui est probablement l’ album le plus « soft » de Queen. En fait, il n’y a que deux chansons « heavy » sur l’album, et elles ont été écrites par Brian. Même Roger Taylor, qui d’habitude produit du rock’n’roll moderne, s’est assagi.

Concrètement, A Day At The Races (intitulé ainsi d’après un autre des films des Marx Brothers) fut le premier album de Queen sans Roy Thomas Baker. Roy partit pour l’Amérique où son prochain nouveau talent serait le groupe de new wave The Cars et leur premier album de platine. De retour en Angleterre, Queen fit appel à leur ingénieur de longue date Gary Langan et le magicien des studios Mike Stone. Stone était chargé de prendre les meilleures prises de « Keep Yourself Alive » alors qu’il n’était encore qu’un larbin chez Trident. Dès lors, sa contribution au son de Queen ne pourrait jamais être égalée. Mike Stone était la personne qui gérait les parties vocales se souvient Roger. Sur A Day At The Races, Stone s’est bien rattrapé.

La seconde partie de la salle est consacrée au fameux concert gratuit de Hyde Park qui a eu lieu le 18 septembre 1976. Alors là une question se pose : qu’est-ce qu’est censé représenter cette statue de cheval brisant à grand coup de sabot une photo du parc plein à craquer en forme de cercle vu de haut ? Pour cela j’ai deux théories :

La première, Hyde Park est connu pour ses ballades à cheval, le concert se déroulant là bas, peut être qu’Island Records a décidé de le représenter avec cet animal. Mais alors pourquoi brise-t-il la photo ?

La seconde hypothèse, qui me parait bien plus logique que la première est que A Day At The Races, le film dont vient le titre de l’album met en scène un vétérinaire pour chevaux établi près d’un champ de course. La soirée de lancement de l’album s’est déroulée à l’hippodrome de Kempton Park. Le cheval ne représenterait-il pas Queen, à son apogée, prenant le dessus sur son public étant venu en masse (on estime 150 000 à 200 000 personnes pour ce concert) ?

De ce concert, Island Records expose les ballerines que Freddie portait ce soir là comme pour confirmer que cela s’est vraiment passé.

L’exposition n’est pas encore totalement terminée. La salle suivante est remplie d’écrans où l’on passe des extraits de concerts. Sur le grand mur, facilement 1 mètre 60 sur 3 mètres 50, la liste de tous les concerts de Queen du 27 juin 1970 au City Hall de Truro jusqu’au 1er septembre 1976 au Playhouse Theatre d’Edinburgh.

Pensant que l’exposition est terminée, je me dirige vers la sortie, mais à ma surprise, une dernière salle à droite nous attend. Quand même, Island Records ne pouvait pas se permettre de faire une exposition sur Queen sans consacrer une pièce uniquement à « Bohemian Rhapsody »,  même si les costumes de Brian et les 45 tours sont déjà présentés à quelques mètres de là. Dans cette pièce donc, des écrans partout qui passent tous la même chose : le clip du chef d’oeuvre ultime de Queen, Bohemian Rhapsody.

EMI ne voulait pas céder à la demande de Queen pour faire des 5:55 minutes de « Bohemian Rhapsody » un single, en insistant sur une version pour la radio. Le groupe refusa (même si des rumeurs laissent entendre que John Deacon y songea). Mais en restant sur sa position, le succès de la chanson – numéro 1 pour Noël – prouva que la décision de Queen était correcte… et qu’EMI avait tort.

Un soir, après une rude journée à Rockfield, Roy Thomas Baker invita le groupe dans une maison qu’il avait louée pour regarder un film sur son magnétoscope flambant neuf. Ils choisirent la comédie des Marx Brothers « A Night At The Opera ». Au bout d’un moment les membres de Queen se regardèrent et bingo ! Le film avait beaucoup de points en communs avec leur nouvel album : de l’humour, de l’esprit, de l’innovation et un côté théâtral.

Queen quitta Rockfield au moment où le groupe « le plus bruyant de la planète » nouvellement formé – Mötorhead entra en studio pour travailler sur leur premier album. Queen avait un titre pour leur nouvel album, mais il était loin d’être fini. Overdubs, overdubs,… et encore des overdubs furent ajoutés dans les studios Sarm East, à Brick Lane, où May et Mercury travaillèrent tous les jours, avec l’image récurrente de Freddie et sa brosse à cheveux toujours avec lui sur la table de mixage. Même après avoir organisé une conférence de presse pour présenter l’album, Roy Thomas Baker fut contraint de rapporter les enregistrements au studio pour procéder à quelques ajustements supplémentaires.

Leur dur labeur et leur obsession payèrent. Sorti en novembre 1975, A Night At The Opera garanti à Queen son premier album numéro 1, au soulagement du groupe et de leur nouveau manager qui avait investi tellement d’argent et d’espoir en eux. La question demeurait : comment allaient-ils placer un album d’une telle perfection ? Le monde le saura quasiment un an après…

Voilà, là l’exposition est fini pour de vrai, et c’est sur les derniers mots de Freddie que je m’avance vers la sortie : « anyway the wind blows…« , dans un couloir avec les portraits de mes quatre idoles. Retour à la case départ pour récupérer mon sac. Dans la pièce il y a un énorme Q violet avec une citation de Freddie, que je n’avais pas remarqué en arrivant : « Soyons réalistes, mes chéris, nous sommes le groupe le plus absurde qui n’ait jamais existé ». Sacré rigolo le Freddie… En ce samedi 5 mars 2011, j’ai redécouvert Queen, une fois de plus.

Crédits photos : Nicola Bizzo / queenvinyls.com

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